Etre réparateur vélo, c’est s’engager pour la fin du pétrole

Etre réparateur vélo, c’est favoriser le vélo, donc les déplacements doux. Dans mon cas, c’est aussi avoir pris conscience que la fin du pétrole est arrivée.
J’ai travaillé 22 ans dans l’industrie automobile. J’ai vu dans les dernières années, les prix des matières premières augmenter, soit parce qu’elles sont liées au cours du pétrole (poudre époxy), soit parce que tout simplement la matière première arrive dans une zone de pénurie (zinc, cuivre).
J’ai aussi vu une industrie qui ne sait pas se reformer: elle court sans fin jusqu’à la dernière goutte de pétrole, invente un discours basé sur le développement durable mais jette des voitures neuves à la casse pour quelques problèmes sur la chaine de montage, enterre des sièges neufs possédant quelques défauts, parfois les envoie en Afrique tout simplement. Cette industrie est basée sur le pétrole et quoiqu’elle invente comme discours, elle ne pourra pas survivre à la fin du pétrole. En tout cas, vu de l’intérieur, elle ne fait strictement rien pour sortir de l’ère du pétrole même si elle sait qu’il va manquer. Elle le sait, mais elle n’ose pas le dire: c’est un tabou dans l’industrie automobile.
L’industrie automobile est sous les mains des financiers. Elle n’a donc qu’un seul repère: l’argent en fin du mois.

C’était parfois très drôle, parce que les fins de mois ne se finissaient pas le 30 ou le 31. C’est le service finance qui décidait de la fin du mois. Parfois, on vous demandait de ne pas commander de produits nécessaires au bon fonctionnement des lignes de production pour garantir un bon mois financier, vous aviez beau leur dire que les lignes allaient s’arrêter, les financiers n’écoutaient pas vraiment.
Certains ne savent même pas ce qu’est une usine. Alors, la bonne méthode (celle que j’appliquais), c’était de dire oui à sa hiérarchie. Ca lui faisait plaisir. Ensuite, on faisait ce qu’on estimait devoir faire pour que les lignes ne s’arrêtent pas. De toutes les façons, ils ont la tête dans les chiffres et sur leur courriels, le monde réel, ils savent à peine comment çà marche. Je ne prenais donc pas beaucoup de risques…

Vous avez sans doute entendu dire qu’on a découvert du pétrole en Guyane. Il parait que c’est gigantesque. Qui vous a dit que c’est au mieux 2% des réserves mondiales? Qui vous a dit que c’est grosso-modo entre 2000m et 5000m de profondeur? Qui vous a dit que ça va donc couter un bras à extraire? Qui vous a dit que c’est en face d’une des plus gigantesque mangrove naturelle? Qui vous a dit que la plus grosse marée noire (DeepWater Horizon), c’est 1500m de profondeur et qu’on a pas su maitriser les choses? Qui vous a dit que l’industrie pétrolière est au taquet et que les puits de pétrole sur Terre étant quasi taris (même l’Arabie Saoudite lance des forages en mer), elle n’a plus d’autres choix que d’aller en très grande profondeur pour pomper des quantités ridicules.

Devenir réparateur vélo, c’est se dire que tout çà marche un peu sur la tête et qu’il est temps de remettre les pieds sur terre. Devenir réparateur vélo, c’est faire rouler le monde de façon différente, plus lentement (quoique…), plus sereinement et avec l’immense avantage de rencontrer des clients sympa que vous croisez dans le quartier et avec qui vous vous dites bonjour. La même chose en voiture serait beaucoup plus difficile. En vélo, on se dit souvent « bonjour », en voiture, on a plutôt tendance à se dire « avance, connard ».